VERDIER Mathurin

 

Quoique insermenté, ne semble pas avoir été un prêtre exemplaire... Il avait tenu pourtant jadis, une place de premier plan à Montpellier, quand il était le secrétaire de l'évêque, M. de Malide; son importance même était telle qu'on l'appelait plaisamment le "petit évâque". Au début de la Révolution, il avait affiché un certain patriotisme, mais, très vite, il avait dû fuir et était venu à Paris au début de l'été 1791. Depuis lors il avait mené une vie misérable, tombant de chute en chute. Depuis janvier 1793 il gite à l'auberge Buffard, 414 rue des Moineaux, une étroite venelle derrière Saint-Roch. Sa seule compagnie est une fille publique du Palais-Egalité. Elisabeth Dubois,, qu'il fait passer pour sa parente. Il en est réduit, pour subsister, à donner quelques leçons à de jeunes enfant sur l'histoire ancienne et moderne, l'arithmétique, la nouvelle division départemental de la France.

Il n'a pas été oublié, de ses compatriotes; l'un d'eux, par hasard, le rencontre, le dénonce et, le 12 germinal (1er avril), à minuit, il voit arriver chez lui le commissaire Freté, accompagné de deux miliciens; une demi-heure suffit pour fouiller meuble et armoires, inutilement du reste, à la suite de quoi le prêtre est emmené. L'interrogatoire qu'il subit, au Comité révolutionnaire, n'est que trop révélateur de l'effroyable situation et des faiblesses auxquelles pouvait se laisser entraîner un malheureux qui ne trouvait pas dans sa foi l'unique raison de vivre.

Comme on l'interroge sur cette "parente" qui vit avec lui, une "couturière en toutes sortes de coutures", domicilièe rue de Chartres, il ne tarde pas à être obligé d'avouer la vérité.

_ de quel côté la citoyenne Dubois t'est-elle parente?

_ Du côté de mon père.

_ Pourrais-tu le prouver, qu'elle est ta parente?

_ Pas trop, parce que je ne le dis qu'à toi, c'est une fille du côté gauche.

_ Tu ne savais donc pas que ta parente du côté gauche donnait à gauche et que, depuis son jeune âge, elle est prostituèe et raccrocheuse à Paris.

_ Je ne savais pas cela et je ne le croyais pas.

_ Ne t'es-tu pas promené avec elle, décadi dernier, aux Champs-Elysées et aux Tuileries?

_ Oui, citoyen, je n'ai pas d'autre société ni compagne qu'elle.

_ On dit que tu fournis à ses besoins, ce qu'on appelle vulgairement l'entretenir.

_ Je vis et mange chez elle, et je fornis à la dépense que nous faisons mesquinement...

Une telle déchéance, chose étrange, est une charge de plus contre ce prêtre dévoyé. Il est envoyé aux Carmes; les semaines suivantes, ceux qui l'ont connu, deux conventionnels en particulier, s'acharnent contre lui: Bayle, représentant des Bouches-du-Rhône, insistera pour qu'il reste en arrestation, et Cambon, député de l'Hérault, le dépeindra comme un espion, un ennemi de la Liberté qui " séduisait les femmes et les hommes faibles", un vrai contre-révolutionnaire, " bien digne de la guillotine ". Ce vu sera satisfait: M. Verdier ne quittera sa prison que pour aller à l'échafaud.

 

© La vie religieuse sous la Terreur pages 202-203-204

ou VERDIER Mathieu d'après