Le 23 octobre 1794 : onze ursulines sur l'échafaud

III Condamnées à mort pour avoir émigré

M Marc Theillier relatant le destin tragique de onze Ursulines du Valenciennois 

Quelques jours après les habitants de la place d'armes virent se dresser une guillotine à l'endroit traditionnel des exécutions capitales, soit, à quelques mètres près entre l'entrée de la rue de Paris et celle de la ruelle Burianne.

Les Ursulines furent tenues au courant; Mère Marie Erraux avoua avoir une grande frayeur à se présenter devant le bourreau si cela devait se produire. La Mère supérieure lui rétorqua: " Je passerai devant vous pour vous montrer l'exemple".

Le 14 octobre les deux groupes de sœurs furent transférés à la Conciergerie où elles se retrouvèrent avec émotion. Quelques-unes furent envoyées à la prison de Douai, Elles allaient avoir la vie sauve.

Des religieux exécutés

Lacoste avait promis à la Convention une punition exemplaire pour les 1447 personnes arrêtées pour déli d'émigration, Pour cette raison, il maintint un tribunal militaire plutôt qu'un tribunal civil qui, bien sûr, aurait dû reconnaître que les seuls émigrés vraiment coupables de trahison armée, avaient déjà été exécuté.

 

 

Les Juges reprirent donc leurs fonctions le 13 octobre. Ce jour-là, sept personnes, dont trois prêtres, furent condamnées à mort. Le 15 octobre, sept autres prêtres furent guillotinés. Enfin, le 17 octobre, cinq Ursulines et trois prêtres comparurent devant ce tribunal.

Mère Clotilde avait donné ordre à ses Sœurs de déclarer qu'elle n'avaient pas émigré puisqu'elles étaient allées à Mons avec un laisser-passer et qu'elles n'étaient rentrées, de surcroît, que pour rendre service aux habitants en instruisant leurs enfants. Elles s'en tinrent à cette défense face au président qui les interrogeait. Puisqu'elles avaient émigré régulièrement, que pouvait-on encore leur reprocher: Rien … et le tribunal ne pouvait que les relâcher. Mais ce qu'il n'admit pas des Ursulines, c'est qu'elles avaient repris leur vie cloîtrée et réorganisé l'enseignement catholique dans une ville occupée par les Autrichiens.

Le Tribunal voulait leur mort; aussi rédigea-t-il une sentence où l'injuste se mêlait à l'infâme: " Les susnommées se sont rendues coupables du crime d'émigration en abandonnant, de leur propre et entière volonté, le territoire de la République. Au mépris des lois elles y sont revenues exercer, sous la protection de l'ennemi des fonctions qui leur avaient été interdites. Nous avons jugé à l'unanimité qu'elles ont encouru la peine de Mort prononcée par le décret des 23 et 25 octobre 1792".

Or ce texte de la Convention cité en référence décrétait seulement "que tous les émigrés devaient être bannis à perpétuité du territoire de la République et que ceux qui y rentraient serait mis à mort".

Les générations suivantes jugèrent avec sévérité cette sentence; les tribunaux ecclésiastiques chargés de procès de béatification ou de Canonisation y trouvèrent assez de preuves pour affirmer que ces religieuses avaient été "mises à mort par haine de la foi".

Inhumées au cimetière Saint Roche

On peut imaginer l'émotion qui étreignit les Ursulines en retrouvant leurs sœurs dans la prison et en leur apprenant la condamnation dont elles venaient d'être frappées.

L'exécution eut lieu le même jour. Simplement vêtues d'un jupon et d'une chemise, les cheveux coupés courts pour faciliter le travail du couperet, elles s'avancèrent vers la guillotine en priant à haute voix avec une dignité et un calme qui impressionnèrent tous les spectateurs. A leur vue, la foule ne proféra ni cris de mort ni insultes. Des témoins déclarèrent ensuite avoir vu des gens pleurer, d'autres dirent avoir entendu ces paroles d'une religieuse à ces compagnes : " Courage mes sœurs nous allons au ciel".

Les corps des victimes furent transportés au cimetière Saint-Roch alors récemment créé. Aucun indice n'a jamais permis de retrouver le lieu exact de leur inhumation.

Les six autres Ursulines ne doutaient point du sort qui les attendait. Mère Clotilde put faire passer à une de ses nièces une lettre conservée avec piété par sa famille, dans laquelle elle exprima les sentiments qui l'animaient à l'approche de la mort. Elle y disait notamment que le moment lui tardait de verser son sang pour sa foi et ajoutait: " Prenez part à mon bonheur!",

Le 23 octobre, elle furent convoquées devant la Commission militaire. Même interrogatoires, même réponses, même sentence. La supérieure eut beau vouloir tout prendre sur elle, les juges demeurèrent implacables.

Elles furent également exécutées le jour même. Mère Clotilde déclara aux soldats de l'escorte : " Citoyens, nous vous sommes fort obligées, ce jour est le plus beau de notre vie !".

Elle monta la première sur l'échafaud et montra, en ce suprême instant, toute la force d'âme dont elle avait donné tant de preuves durant sa vie.

Les onze Ursulines Béatifiées

Les onze Ursulines martyrisées furent béatifiées en 1920 par le pape Benoît XV. Un second degré vers la sainteté officielle reste à gravir: celui de la canonisation. Souhaitons que celle-ci intervienne et qu'un jour, une importante délégation Valenciennoise puisse se rendre à Rome pour assister à la basilique Saint-Pierre à cette imposante et émouvante cérémonie.

Pour clore ce récit, voici les noms des onze "bienheureuses" : Clotilde Paillot, né à Bavay, guillotinée à l'âge de 55 ans; Ursule Bourla, née à Condé, 48 ans; Cordule Barré, née à Sailly-en-Ostrevant, 44 ans; Augustine Déjardin, née à Cambrai, 34 ans; Marie Louise Ducrez, née à Condé, 38 ans; Anne Marie Erraux, née à Pont-sur-Sambre, 32 ans; Françoise Lacroix née à Pont-sur-Sambre, 41 ans; Scholastique Leroux, née à Cambrai, 43 ans; Laurentine Prin, née à Valenciennes, 47 ans et Nathalie Vanot née à Valenciennes.

 

 

 

© Rédaction : M. M. Fontaine

Je remercie Mme DUFLOT Laurence qui m'a fourni une copie de cette article

 

 

 

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