Jean-Maximien Lamarque

 

(Saint-Sever, 22 juillet 1770 - Paris, 1er juin 1832).

- La jeunesse de Jean-Maximien Lamarque se déroula dans une famille aisée certes, mais de moeurs sévères. Envoyé au collège des Jacobins de Saint-Sever, dont un de ses oncles était prieur, il y fit d’excellentes études qui feront de lui un homme de vaste culture que l’attirance vers un romantisme balbutiant n’empêchait pas d’avoir l’esprit et le comportement profondément marqués par l’influence des Encyclopédistes, mais surtout par la pensée et la personnalité de Montesquieu.

A vrai dire, de tous les généraux landais de la Révolution et de l’Empire, Jean-Maximien Lamarque est celui que l’éducation préparait le mieux à la carrière de grand chef de guerre et de tribun politique. La convocation des Etats généraux le voit encore à Saint-Sever dans une atmosphère familiale dont le contexte sera profondément modifié par la désignation de son père comme député du Tiers Etat, aux Etats généraux tout d’abord, à la Constituante par la suite.

Dès mars 1790, Jean-Maximien Lamarque quittera donc sa ville natale, où, sans ces événements, il aurait vraisemblablement succédé à son père dans sa charge de procureur du roi, pour le rejoindre à Paris et parfaire ses études en suivant entre autres les cours de Chaptal, Laharpe et Champfort. Il se mêlera fièvreusement à la vie politique de la capitale, mais le Gascon étant par nature né soldat, il s’engagera au début de 1793 au 4e bataillon des Landes. Nommé lieutenant le 3 avril 1793, il deviendra le 13 mai 1793, capitaine de grenadiers dans la fameuse colonne infernale de la Tour d’Auvergne à l’armée des Pyrénées occidentales. Il s’y distinguera particulièrement en investissant, le 24 juillet 1794, avec des effectifs réduits, la place de Fontarabie défendue pourtant par 1700 hommes.

Le 21 thermidor an II, il est promu chef de bataillon et sert dans l’armée du Rhin. Il participera avec éclat aux batailles d’Engen (3 mai 1800), de Moesskirch (5 juin 1800), d’Hochstaed (19 juin 1800), de Hohenlinden enfin (3 décembre 1800) où il se couvrira de gloire, ce qui lui valut, à la demande du général Moreau, de recevoir, en février 1801, les épaulettes de général de brigade des mains de Bonaparte.

Il participera par la suite aux campagnes de l’armée impériale, se distinguant en particulier à Austerlitz où il commandait une brigade du 7e corps du maréchal Augereau. Il quittera alors la Grande Armée pour suivre, avec le maréchal Masséna, Joseph Bonaparte en Italie, et il particpera au siège de Gaëte. Installé sur le trône de Naples, Joseph le 6 décembre 1807, nomme Jean-Maximien Lamarque son chef d’état-major, avec rang de général de division.

Lorsque le maréchal Murat, grand-duc de Berg et de Clèves, succédera à son beau-frère au royaume de Naples, Jean-Maximien Lamarque se chargera le 18 décembre 1808 de prendre l’île de Capri, dont la garnison anglaise aux ordres d’Hudson Lowe, le futur gêolier de l’Empereur à Sainte-Hélène, narguait la présence française, le drapeau britannique étant visible des fenêtres même du palais royal. Ce fut l’une des plus belles actions des guerres impériales, demandant courage, audace et intelligence. De par sa configuration naturelle, l’île semblait inexpugnable ; entourée de rochers à pic couronnés par les défenses ennemies fortement armées d’artillerie, on ne pouvait l’investir que par escalade et sous le feu nourri d’une garnison nombreuse. Dans un élan digne de la plus belle tradition gasconne, Jean-Maximien Lamarque en entreprit l’escalade à la tête de ses hommes, faisant enlever les échelles et retirer les navires pour ôter toute possibilité de repli ; il ne restait donc plus aux Français qu’à se faire décimer sur place ou à vaincre, et c’est baïonnettes au canon qu’ils réussirent après plusieurs tentatives à enfoncer les défenses anglaises, imposant à l’ennemi une capitulation laissant aux mains des troupes françaises magasins, munitions et ateliers. Chevaleresque toutefois, et rendant hommage à la valeur de ses adversaires, le général Lamarque accorda la liberté aux Anglais qui quittèrent l’île sans armes ni bagages.

Le contexte international s’assombrissant, le général Lamarque quittera le royaume de Naples pour rejoindre dès 1809, avec sa division, l’armée du prince Eugène en Italie du Nord. Il investira Leybach où il fera 4000 prisonniers et prendra 65 pièces d’artillerie, puis rejoindra la Grande Armée à Lobau, et participera brillamment à la bataille de Wagram où, dans le feu de l’action, il aura quatre chevaux tués sous lui. Par la suite l’affaire d’Espagne mobilisant les forces françaises, Jean-Maximien Lamarque se retrouvera donc aux côtés du roi Joseph et, le 8 février 1812, remportera avec sa division la bataille d’Altafulla.

Lors de la première Restauration, le général Lamarque se ralliera , sans enthousiasme, il est vrai, aux Bourbons, mais, fasciné par la personnalité de l’Empereur, il le suivra durant les Cent jours, chargé de pacifier la Vendée qui s’était à nouveau insurgée dès l’annonce du retour de l’île d’Elbe. Il n’est jamais aisé de combattre ses compatriotes, d’autant que les insurgés, issus de milieux sociaux fort différents, bénéficiaient de la sympathie voire du soutien d’une bonne partie de la population. Au contraire de la Convention qui avait réprimé avec un aveuglement sans égal le soulèvement de 1793 et aux ordres qu’il avait d’ailleurs reçus, le général Lamarque, tout en ne perdant pas de vue sa mission, agit avec tact, honnêteté et droiture, à telle enseigne que les chefs insurgés lui proposèrent, après la signature de la paix de Cholet, de servir " sous ses ordres, comme Français, pour empêcher toute tentative des puissances étrangères qui auraient pour but de démembrer la France ". La carrière militaire du général Lamarque s’arrêtera à la chute de l’Empire.

Proscrit sous la seconde Restauration, il ne regagnera la France qu’à la suite de l’ordonnance royale du 20 octobre 1818, mais maintenu en disponibilité, il sera mis à la retraite par Charles X, le 30 juin 1830.

En récompense de ses services passés, mais peut-être aussi de son opposition au pouvoir de la Restauration, Louis-Philippe, nouveau roi des Français, l’élèvera, le 21 août 1830, à la dignité de grand-croix de la Légion d’honneur.

Vingt-cinq années durant, l’armée fut donc sans conteste une exigeante compagne pour le général Lamarque ; il convient cependant de ne pas oublier d’autres aspects de sa personnalité et de sa vie.

Jean-Maximien Lamarque écrivain et Lamarque député, opposant libéral au gouvernement de la Restauration. Durant son exil en Belgique d’abord puis en Hollande, il s’adonnera à la littérature en traduisant en vers les poèmes d’Ossian, de James Macpherson que sa famille fera plus tard éditer. Dans une remarquable préface, il dépeint les moeurs des Calédoniens et étudie leur littérature, mais la traduction de ces cinq chants d’Ossian, dénote d’une grande culture et d’un romantisme éclairé. Etablissant des comparaisons avec Virgile, Le Tasse, Milton voire Voltaire, Lamarque fait également un parallèle avec Homère qu’il connaît parfaitement. Aspect peu connu certes, déconcertant même aux yeux de certains que ce romantisme chez un homme plus habitué à l’action et à la rude vie des troupes en campagne qu’à la fréquentation de salons littéraires, mais que seuls une solide éducation et l’isolement de l’exil avaient fait éclore.

De retour en France, le général Lamarque, avec un éclectisme d’esprit que d’aucuns peuvent envier, se passionne pour l’agriculture, achetant métairies, moulins et terres diverses, pensant, comme il le dit lui-même aider par ses travaux d’agronome à " humaniser " le sol aride de la Lande. En bon disciple des physiocrates, il étudie le moyen d’améliorer la condition des ruraux en préconisant l’amendement des terres, le système de l’assolement et en donnant déjà au maïs une place de choix. Pressenti pour entrer à la Société d’Agriculture des Landes, il y sera reçu le 8 juillet 1827, et son discours de réception, d’une haute tenue intellectuelle, décrit dans un style où l’on retrouve aisément celui de Montesquieu, ses efforts et ses tentatives en matière d’agronomie.

Parallèlement et bien qu’il critiquât la bourgeoisie industrielle de son époque qu’il considérait à tort ou à raison comme repoussant avec mépris et obstination tout ce qui n’était pas productif de richesses immédiates, Jean-Maximien Lamarque étend sa réflexion et publie en 1825 un mémoire sur
Les avantages d’un canal de navigation parallèle à l’Adour permettant en quelque sorte de désenclaver le Piémont pyrénéen et les territoires formant la haute vallée de la Garonne et le bassin de l’Adour. Ce ne fut certes qu’une simple spéculation intellectuelle sans suite pratique, mais qui a néanmoins eu le mérite de poser le problème de l’ouverture de ces régions à une économie de libre-échange avec l’extérieur voire l’étranger par le port de Bayonne. A côté de ces considérations économiques, il se peut également que ce mémoire, en souvenir des problèmes posés par la guerre d’Espagne à laquelle Lamarque avait pris part durant de longues années de façon active, ne soit pas entièrement dénué d’arrière-pensées militaires et stratégiques.

Sans commandement militaire depuis 1815 et retiré à Saint-Sever, Jean-Maximien Lamarque ne pouvait aussi que s’intéresser à la politique, trouvant dans cette activité un exutoire à son inaction forcée. Opposant systématique, depuis son retour d’exil, à la branche aînée des Bourbons à qui il reprochait un pacifisme avilissant à ses yeux, et par fidélité également à l’Empire dont il pensait une restauration toujours possible en la personne du roi de Rome il se présenta dès 1820 aux suffrages de ses concitoyens mais ne rencontra tout d’abord que des échecs, tant dans le collège électoral de Saint-Sever que dans celui de Mont-de-Marsan. Il lui fallut attendre juillet 1828 et le décès du marquis Du Lyon, ancien maire de Mont-de-Marsan, pour que des élections partielles lui permissent d’être député en battant le 23 décembre 1828, le baron de Poyferré de Cère. Il sera réélu par le collège électorl de Mont-de-Marsan le 23 juin 1830, contre le baron d’Haussez, après que le ministre Polignac eût dissout la Chambre le 16 mai. Il ralliera la monarchie de Juillet grâce à laquelle il espère voir s’installer un véritable régime libéral, tout en continuant cependant à déplorer un pacifisme qu’il considère toujours comme incompatible avec la grandeur de la France. S’il continue à siéger à la gauche de la Chambre, il n’en reste pas moins un homme du juste milieu, considérant que les vrais libéraux sont à la fois la cible des ultras, nostalgiques de l’Ancien Régime, et des extrémistes qui veulent 1793.

Il est donc peu probable que les manifestations qui accompagnèrent ses obsèques eussent eu l’assentiment de cet homme d’ordre. Lamarque est décédé du choléra le 1er juin 1832 et ses obsèques furent, en effet, prétexte à de véritables émeutes, réprimées par la troupe, pour l’opposition républicaine ; leur ampleur fut telle que Louis-Philippe aurait même envisagé de quitter Paris. Epilogue curieux pour une vie faite certes de contrastes, mais qui terminera néanmoins sa course là où elle avait commencé, dans la chapelle familiale d’Eyres-Moncube, édifiée sur cette terre de Chalosse qui était la sienne.

© Notice de Bernard Lalande, extraite du biographique, Mémoire dictionnaire des Landes, 1991.




les obseques du general lamarque : pretexte a une insurrection populaire

Depuis que Casimir Perier a succombé à l'épidémie de choléra qui décime la population parisienne, le Gouvernement a vu son autorité considérablement affaiblie. D'autant que Louis Philippe, désirant accroître son pouvoir, n'a pas nommé de nouveau président du Conseil. Les obsèques du général Lamarque, le héraut de l'opposition à la monarchie orléaniste, qui est lui aussi mort du choléra, vont être le prétexte tout trouvé à une insurrection populaire. Les violentes émeutes des 5 et 6 juin 1832 vont faire quelques 800 victimes.

Le général Lamarque a succombé le 1er juin 1832 à l'épidémie de Choléra qui, depuis le mois de mars, fait des ravages dans la capitale. Les obsèques de ce héros de l'Empire, qui est en outre un des chefs de l'opposition libérale, sont fixées au 5 juin. La veille, à Ménilmontant, on arbore le bonnet phrygien, on brandit des drapeaux rouges, et les républicains, organisés en sociétés secrètes, se réunissent dans une semi-clandestinité. Le préfet de police prévoit des manifestations, mais ne s'inquiète pas outre mesure. Pas plus que Louis Philippe, qui part tranquillement en famille pour le château de Saint Cloud. Le 5 juin au matin, la foule se presse sous la pluie pour assister à la levée du corps, rue Cambon. A 11H30, le convoi funéraire s'ébranle. Il est précédé des chefs du parti du Mouvement, du général Lafayette, du banquier Laffitte, ancien président du Conseil, du général Clauzel et du député Maugin, qui tiennent les cordons du poêle. Cent mille personnes, gardes nationaux, bourgeois de gauche, ouvriers regroupés par métiers, membres de sociétés républicaines, suivent le catafalque. Le cortège gagne la place de la Bastille, puis le pont d'Austerlitz. Là, des drapeaux rouges jaillissent soudainement et l'émeute éclate. La Fayette et Clauzel tentent en vain de ramener le calme, mais la foule s'empare du cercueil aux cris de "Lamarque au Panthéon"!

Trois heures plus tard, les insurgés tiennent la moitié de Paris. Les boutiques des armuriers sont dévalisées et des officiers sont abattus, bien que la troupe n'ait pas reçu l'ordre de tirer. Alors que le maréchal Soult, ministre de la Guerre, hésite sur l'attitude à adopter, on craint que les gardes nationaux, dont certains ont déjà rejoint les émeutiers, ne désertent en nombre. Le général Heymès, aide de camp du roi, se précipite à Saint Cloud : "Sire, il faut venir à Paris"! Contrairement à Charles X lors des Trois Glorieuses, Louis Philippe tient compte de l'avertissement. Une heure plus tard, il est aux Tuileries. Dans la cour du Carousel, il passe en revue les bataillons de ligne et la Garde Nationale. Son visage souriant et son calme rassurent et lui valent d'être acclamé par les troupes. La direction des opérations est confiée au maréchal Mouton de Lobau. Afin de "déblayer" Paris, ses hommes s'emparent, méthodiquement et sans tirer un seul coup de feu, des quartiers périphériques, isolant les insurgés au centre de la capitale.
Le lendemain 6 juin, la Garde Nationale se rallie définitivement au roi. Vers midi, les boulevards sont dégagés. Louis Philippe traverse Paris à cheval. Faubourg Saint Antoine, plusieurs fois mis en joue, il s'arrête, parle aux officiers, indifférent au danger. Devant sa bravoure, les insurgés n'osent pas tirer.

Louis Philippe rentre aux Tuileries en triomphateur. Mais il reste encore un énorme îlot de résistance, le quartier Saint Merri, où les légitimistes viennent se joindre aux républicains. A quatre heures de l'après-midi, une délégation de gauche, composée de Laffitte, François Arago et Odilon Barrot, se rend auprès du roi pour l'inciter à la modération face à une révolte dont ils pressentent l'échec. Ils désavouent l'émeute, mais demandent un Gouvernement plus libéral. Le roi ne leur cède en rien et, penauds, ils doivent se retirer. Pendant cette entrevue, le canon s'est fait entendre. Pour épargner la vie des soldats (mais pas celle des insurgés), on a fait donner l'artillerie sur le cloître Saint Merri. Pendant que les boulets éventrent les maisons du quartier et ont vite raison de leur résistance, les républicains, pour la plupart, préfèrent se faire tuer sur place plutôt que de se rendre.
A la fin de cette tragique journée, les rues sont jonchées de décombres et de cadavres. On dénombre 800 morts. Les meneurs, eux, ont disparu. Le 7 juin, Paris est mis en état de siège par ordonnance royale. La Garde Nationale et la population réclament le châtiment pour les fauteurs de troubles : la victoire du parti de l'Ordre est totale. Alors que les républicains sont discrédités, l'union entre Louis Philippe et la classe moyenne est scellée. La défaite de l'opposition républicaine, à laquelle viendra s'ajouter à la fin de l'année l'échec de l'agitation légitimiste en faveur de la duchesse de Berry, assure la stabilité du régime.

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