L’AGENT LALIGANT-MORILLON

Pierre Laligant dit Morillon, était né à Autun en 1759. Ses antécédents sont fournis par une dénonciation que fit, "lorsque la probité était enfin à l’ordre du jour ", la "Société populaire et régénérée de Charolles", et qui le conduisit à l’échafaud le 19 messidor an II (7 juillet 1794)(1) :

D’un physique débile et usé, qui ne respire que le crime, la fausseté, cet homme est généralement reconnu immoral.

Il annonça pour son début dans la société la série des crimes dont il devait se couvrir.

Gendarme à Lunéville, les grand talents, dont il était doué pour la falsification, le portèrent à mettre de fausses lettres de change en circulation. Ce forfait découvert, il se vit contraint de fuir, et la crainte du déshonneur, que la sottise des préjugés aurait fait rejaillir sur le corps dans lequel il servait, lui assura l'impunité.

Marié à Nantes depuis cette époque, par l’effet de l’astuce et de l’intrigue, avec la fille d’un riche négociant, il dissipa la fortune du beau-père, abandonna sa femme (2), et vint traîner sa criminelle existence dans le district de Charolles. Insensible à la voix de la nature et aux principes de l’honneur, il traitait un père sexagénaire avec l’inhumanité qui caractérise un fils pervers et corrompu.

Établi au Mont, maison de campagne située entre Paray et Digoin, réprouvé par l’opinion publique, le cri général l’accuse de se servir de ses talents falsificateurs pour fabriquer de la fausse monnaie. Saisi par la gendarmerie et traduit dans la maison d’arrêt du district d’Autun, en 1791, l'or corrupteur et la séduction lui en ouvrirent les portes.

Que fallait-il faire pour éviter les peines qu’il avait encourues ? Fuir un territoire sur lequel il était proscrit. Aussi se hâta-t-il d’émigrer et de passer à Coblentz, pour se soustraire au juste châtiment qu’il méritait.

La conduite qu’il tint dans ce pays infâme est à peu près ignorée ; mais les probabilités font présumer que, réprouvé à Coblentz par ceux desquels il était connu et désirant rentrer en France, il sentit que, pour cet effet, il devait mériter amnistie pour les crimes dont il s’était rendu coupable.

Transmigrant du pays de la tyrannie sur le territoire de la liberté, il parvint à se rendre à Paris, et ayant obtenu accès auprès des comités chargés spécialement de la défense publique, il fit part des renseignements qu’il avait pu recueillir sur les divers complots qui se tramaient contre la liberté dans l'intérieur et l’extérieur de la République (3)

 

  1. La dénonciation est du 14 avril 1794 ; elle fut adressée imprimée à la Convention sous le couvert du district et de la commune de Charolles ; le Comité de sûreté générale la transmit à l’accusateur public devant le tribunal révolutionnaire le 4 juillet Archive nationale W 409 d 940.
  2. M. Dugast-Matifeux a trouvé, à l’état civil de la mairie de Nantes, l’acte de son divorce, en 1793, avec Mlle Laisant, dont le père faisait, en Bretagne, le commerce des bois de construction, principalement pour la marine.
  3. A la fin de la " Notice sur la conspiration de la Rouerie " dont nous avons parlé plus haut, chapitre XXIX, ces même faits sont rapportés. On y trouve de plus que Laligant-Morillon avait été violon aux théâtres de Nantes et de Rennes, et que parmi les propositions qu’il fit au Comité de défense général était celle " d’enlever les fils du comte d’Artois "

 

Texte issu de l'ouvrage "la préparation de la guerre de Vendée : 1789-1793 Tome III

Publication Numérisation BnF sur le Site

Information fournie par M. LALIGANT qui détient sur son site le texte complet de cette dénonciation

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