L'errance sans fin du député Vadier

Toulouse le 3 juin 1796

Retour à la case départ pour Vadier: à peine arrivé à Toulouse, le vieux Jacobin a été arrêté et jeté dans une voiture qui roule maintenant vers Paris. Il y sera jugé comme complice de Babeuf, arrêté le 10 mai. Pourtant, au moment des faits, il parcourait à pied la route de Paris à Toulouse. Aussi commence-t-il déja à rédiger dans sa tête le récit de ce voyage, qui constitue son alibi. Pour s'aider, il a sa mémoire précise et la présence de son compagnon de voyage, le tailleur Fleuré qui, venu pour encaisser quelques créances dans la région toulousaine, a été lui aussi arrêté. Les souvenirs affluent: son expulsion de Paris en avril, la fatigue du trajet, les auberges toujours pleines, ses pieds meurtris par les souliers; les visages aussi, celui de Pierre Latelier qui, à Vierzon, le fit profiter de sa charette, ou celui du courrier Legrand qui le prit dans sa diligence entre Rodez et Pompignan. Mais l'image la plus nette est celle de ce dogue rencontré à Longjumeau, qui les avait adoptés et ne les a quittés qu'à l'arrivée à Toulouse, sous un violent orage. Toujours railleur, Vadier prétend qu'il a été ausi arrêté, et qu'il sera jugé avec eux pour le même délit.