Bonaparte entre dans Milan

Paris le 15 mai 1796

Ce fut un véritable triomphe. L'archevêque et les notables milanais ont accueilli le général en chef de l'armée d'Italie avec autant de déférance que de crainte. Depuis trois jours, à l'annonce de l'avance des troupes françaises, des patriotes s'étaient emparés de la capitale lombarde. Aujourd'hui, Bonaparte entend surtout rassurer la population. Il s'est engagé à respecter la religion et la propriété. Pour mieux convaincre de la loyauté de ses propos, il n'a pas craint de s'avancer au milieu de la foule, laissant derrière lui ses soldats. Si Bonaparte a joué ainsi la carte de l'apaisement, c'est déja l'amorce d'une politique personnelle. En effet, ses opérations militaires des dernières semaines contredisent les ordres de Paris. Au lieu de prendre des gages sur les pays conquis et de "forcer" l'ennemi autrichien, l est revenu dans le Milanais, permettant ainsi à Beaulieu de se replier en bon ordre après les combats du pont de Lodi. Bien plus grave, tout porte à croire que le général autrichien a profité de ce répit pour organiser, dans les  meilleures conditions, la défense de Mantoue. La citadelle lombarde se dresse désormais entre les français et les Autrichiens. Pareille tactique de la part de celui pour qui "la proptitude à suivre la victoire est un sûr garant du succès" semble difficile à justifier. A moins que Bonaparte n'ait précisément une "idée italienne" qui ne soit pas celle de Paris...