La police met fin à la conspiration de Babeuf

Paris le 10 mai 1796

Les principaux chefs du complot babouviste viennent d'être arrêtés. C'est sur la dénonciation de l'un des leurs, le capitaine Grisel, agent infitré du Directoire, que la police a réussi à les confondre et à les jeter en prison. Préconisant le révolution sociale et égalitaire, et partisan d'une insurrection populaire pour renverser le Directoire, Babeuf était devenu à la fois l'ennemi juré et la cible privilégiée du gouvernement. Le 30 mars dernier, il avait mis sur pied un comité insurrectionnel de la "conspiration des Egaux" avec l'aide de ses fidèles, Maréchal, Antonelle et Germain, ainsi que Buonarroti et Darthé, anciens Robespierriste fondateurs du club du Panthéon. Son organisation était parfaitement hiéarchisée. Sous les ordre du comité, les agents babouvistes étaient chargés de la propagande et des liaisons avec les arrondissements de Paris, l'armée et la police. Ce réseau s'étendait jusqu'en province. La police suivait le complot de très près. Carnot était parvebu à le désamorcer dans la Légion de Paris au début du mois, mais il était persuadé que l'insurrection continuait à se fomenter, en accord avec certains ex-Conventionnels. C'est ce que Grisel est venu lui confirmer le 4 mai. Se méfiant des sympathies jacobines de son collègue Barras, le Directeur a alors décidé de prendre lui-même la responsabilité de toute l'opération. Le coup de filet aurait dû avoir lieu le 7 mai, lors d'une réunion du comité babouviste, mais les forces de l'ordre sont arrivées trop tard. Ce n'était que partie remise, et aujourd'hui, au moment même où le député Doulcet de Pontécoulant déclarait aux Cinq-Cents que le gouvernement était " instruit de mesures séditieuses qui se préparent", Babeuf a été arrêté à son domicile, rue de la Truandrie, en compagnie de Drouet, un Montagnard convaincu devenu agent bouvariste au retour de sa captivité en Autriche. Un autre ancien Conventionnel montagnard, Robert Lindet, a réussi à s'enfuir. Aussitôt après ces arrestations, les Cinq-Cents et a leur tour les Anciens ont voté plusieurs lois répressives rédigées à l'avance: l'une autorise les bureaux centraux des grandes villes à délivrer des mandats d'amener; une autre expulse de la capitale les anciens Conventionnels qui n'y étaient pas domiciliés avant leur élection, ainsi que les fonctionnaires ou militaires licenciés et tous les terroriste amnistiés. A partir des papiers trouvés chez Babeuf, Carnot a également lancé 245 mandats d'arrêt dans toutes la France, qui visent des propagandiste babouvistes, mais aussi des républicains de gauche étrangers au complot. De toute évidence, Carnot veut se servir de la conspiration des Egaux, qui avait pourtant peu de chance d'aboutir, pour lancer une répression général.