Coup d'arrêt brutal à la production des assignats

Paris le 19 février 1796

Le public est ravi: les planches à assignats qui étaient utilisées depuis novembre 1789 pour imprimer le papier-monnaie de la Révolution ont été solennellement brûlées place des Piques. La chute du cours de la monnaie ainsi que l'envolée des prix étaient devenues des problèmes tellement graves qu'ils appelaient des solutions urgentes. Le peuple aurait tort toutefois de croire que cette manifestation spectaculaire somme le glas de l'inflation et de la vie chère don't il soufre cruellement depuis plusieurs mois. En effet, les Conseils et le Directoire n'ont pas réussi, au-delà de cette destruction symbolique, à s'accorder sur la politique à suivre. Depuis deux mois déjà, ils s'affrontent sur l'épineuse question monétaire. C'est le député Eschassériaux qui a ouvert le débat. Constatant la faillite du papier-monnaie - un billet de 100 francs ne vaut plus que 15 sous en pièce, il avait proposé, fin novembre, de revenir purement et simplement aux espèces métalliques. Cette solution avait alors été rejetée comme trop brutale et irréaliste. En effet, il y avait sous l'Ancien Régime 2 milliards de livres en circulation. Or, en numéréraire, il n'en reste plus actuellement que 300 million. Les 34 milliards d'assignats qui complétent la masse monétaire sont donc nécessaires à l'équilibre, et, même dévalorisés, ils soutiennent le commerce et l'économie. Aussi, pour en faire remonter le cours, d'anciens Jacobins, groupés autour de Lindet, préconisaient la diminution de la quantité d'assignats par un emprint forcé de 600 millions pour les riches. Mais, au bout de quelques jours, il fallut déchanter: le papier-monnaie continuait de se déprécier. Devant cet échec, le Directoire a alors adopté un projet, présenté par Lebrun et soutenu par de nombreux financiers, créanciers du trésor. Il se faisaient fort de créer une banque privée qui aurait le monopole d'émission des billets et don't le capital serait garanti par les Biens nationaux encore à vendre. Cette institution rachèterait les assignats au cours du jour, prêterait aux commerçant et ferait, au Trésor, des avances en numéraire, en créances internationales et en nouveaux Billets. Toutefois, cette proposition s'est heurtée à un refus des Conseils où les anciens Conventionnels, fidèles à la monnaie révolutionnaire, sont nombreux. Pour eux, l'Etat ne peut en aucun cas abandonner à des financiers la maitrise de sa politique monétaire. Il revient donc à la Trésorerie, et à elle seule, d'organiser la déflation. C'est pour cela que, s'il ont autorisé la destruction des planches à billets, les Conseils ont préféré renvoyer à plus tard la création d'une nouvelle monnaie.