Débat sur les effets de la guillotine

Paris le 1er octobre 1794

La guillotine tue, on le sait bien. Mais la mort du supplicié coïncide-t-elle avec décapitation? Le débat agite violement le mode médical depuis un an. L'Encyclopédie ne distinguait-elle pas déjà la "mort imparfaite" de la "mort absolue"? On rappelle l'anecdote célèbre selon laquelle la tête coupée de Marie Stuart aurait parlé. Plus récemment, les témoins de l'exécution de Charlotte Corday n'ont-ils pas vu son visage rougir d'indignation lorsque le bourreau l'avait giflée? Dans son Opinion sur le supplice de la guillotine, le chirurgien Sue, qui soutient la thèse de la "survie" du sentiment chez le  supplicié, écrit : "Quelle situation plus horrible que celle d'avoir le perception de son exécution et, à la suite, l'arrière-pensée de son supplice?" Devant cette "idée métaphysique" qui n'est que "le fruit de l'imagination", les médecins disciples des Lumières se sont mobilisés. Dans sa Note sur le supplice de la guillotine, Cabanis reconnaît dans les mouvements que l'on pr^te aux têtes coupées l'effet des seuls réflexes machinaux. Selon lui, le principe vital "n'a pas de siège exclusif" et "le moi n'existe que dans la vie générale" La raison est sauve, et l'horreur s'éloigne...