La Terreur blanche s'abat sur le pays

France en mai 1794

Les "buveurs de sang" sont en train de payer très cher leur passé. Ce surnom est celui que donnent les réacteurs aux militants révolutionnaires qui se sont distingués en pourchassant et en exécutant les "suspects" politiques. Mais, souvent, il ne désigne que des républicains convaincus qui n'ont pris aucune part à la Terreur robespierriste. Car une soif de vengeance parfois féroce s"est progressivement emparée de la France depuis Thermidor. En province, les réacteurs ont été encouragés par l'attitude répressive de la Convention à l'égard des Jacobins. Dès cet hiver, ils ont formé de véritables bandes punitives pour "épurer" leurs villes par des massacres atroces. La "Terreur blanche", aisi nommée par analogie avec la "Terreur rouge" des Robespierristes, ne s'est vraiment développée qu'au début du mois. Les journées de Germinal lui ont donné un regain de vigueur en brisant les derniers velléités de la résistance des sans-culottes. Dans la vallée du Rhône et dans tout le Sud-Est, on assiste aux tueries les plus abominables. Là, on rend publiques des listes de citoyens connus pour leur républicanisme, afin de les désigner à la vindicte sanglante des nouveaux terroristes. Ces "assassins en bas de soie" se recrutent généralement au sein de la fine fleur aristocratique. Groupés en organisations secrètes, la compagnie du Soleil à Marseille ou les compagnons de Jehu à Lyon, ils ne répugnent pas à employer des mercenaires qui les secondent dans leur sinistre besogne. Ailleurs, la répression est moins terrible. Elle se traduit plutôt par un harcèlement incessant. Représentants en mission, administrateurs de districts, membres des tribunaux révolutionnaires et des comités de surveillance font l'object de poursuites judiciaires engagées sur la foi de dénonciations. Toutes les villes ont leurs Mascadins don't les agissements laissent les autorités locales indifférentes.