Fouquier-Tinville, l'accusateur accusé

Paris le 6 mai 1794

Fouquier-Tinville sait désormais comment doit être rendue la justice. Pour la première fois peut-être de son existence, l'ancien accusateur public a pu assister à un procès exemplaire, le sien. Cependant, l'expérience lui aura été peu profitable: condamné à mort avec quinze de ses collègues du Tribunal révolutionnaire, il sera guillotiné demain. Durant les trente-neuf jours de ce procès-fleuve, le Tribunal n'a pas désempli. Pour juger en toute sérénité les trente-trois accusés, on avait constitué un jury de quinze provinciaux, peu sensibles en principe aux passions parisiennes. De tous les jugements qu'il avait rendus, seuls quelques-uns parmi les plus scandaleux ont été retenus par l'accusation. Les greffiers et huissiers du tribunal ont dénoncé la sinistre routine des procédures expéditives. Mais ce sont surtout les témoignages accablants des familles des victimes qui ont soulevé l'indignation du public. Ainsi le récit de Mme de Saint-Pern sur l'exécution de son fils de dix-sept ans, guillotiné à la place de son père. Les accusés ne sont pourtant pas restés sans réaction. Fouquier, surtout, s'est défendu avec l'énergie du désespoir, discutant chaque déposition grâce à sa mémoire d'une extraordinaire présision. Mais cela n'a pu sauver sa tête. La nouvelle de son exécution a déchainé la joie des Parisiens. Certains répandent déjà ce refrain chanté sur l'aire de la Carmagnole: "Fouquier-Tinvill avait promis de faire égorger tout Paris, mais il en a menti car il est raccourci"