Les rues de Paris changent de nom

Paris le 30 novembre 1793

Depuis le début du mois, l'histoire récente s'écrit en capitales sur les murs de la ville. Pour empêcher que les grands noms et les hauts faits de la Révolution ne disparaissent trop vite des mémoires et pour que les jeunes générations les apprennent, il y avait un moyen simple : que les héros, les événements et les symboles figurent sur les plaques des rues et des places. Chaque quartier allait maintenant porter l'empreinte des temps nouveaux. Cette mesure s'inpire des propositions faites à la tribune de l'Assemblée par le député Chamoulaud. Pourquoi ne pas appeler le Palais-National, Temple du Républicanisme? Et l'Hôtel-Dieu, Temple de l'Humanité républicaine? Pouquoi la Halle ne deviendrait-elle pas la place de la Frugalité? Ses rues adjacentes seraient alors celles de la Tempérance ou de la Sobriété... Débaptisons la place des Piques! Pouquoi aussi ne pas imaginer dans la même veine de la faire avoisiner avec les rues du 10-Août, du Jeu-de-paume et du Patriotisme? Quand aux sections, foyers des révolutionnaires, elles doivent porter, plus que tout autre lieu, des noms qui parlent au peuple et réveillent son ardeur. La section du Roi-de-Sicile est morte! Vive celle des Droits-de-l'Homme! Remplaçons la section de la Croix-Rouge par celle du Bonnet-Rouge! Et celle de l'Observatoire, appellons-la Sans-Culotte! Partout, Paris affiche ses convictions, sûre que la province ne tardera pas à suivre son exemple.