La mise à mort des Girondins

Paris le 31 octobre 1793

"Allons enfants de la patrie!" : les premier accents de la Marseillaise on résonné sous les arcades de la Consiergerie au moment où les cinq charrettes conduisant les prisonniers à l'échafaud en sortaient. Dans un dernier sursaut, les Girondins ont voulu proclamer leur patriotisme. Ce chant repris pendant tout le trajet a impressionné la foule massée près de la guillotiné. Mais ce fut le seul instant d'émotion. Car les exécutions d'aujourd'hui n'ont provoqué aucune agitation, aucun pleur. Les Girondins sont morts dans l'indifférence, après un procès peu respectueux de la procédure et qui n'a duré qu'une semaine. En fait, on avait hâte d'en finir. Depuis l'arrestation des vingt et un accusés, l'instruction avait été retardée, peut-être par manque de preuves ou parce que la Convention craignait d'aviver des plaies mal refermées. Mais, dès l'ouverture du procès devant le Tribunal révolutionnaire, tout le monde savait que la sentence serait la mort. Il ne pouvait en être autrement car l'exécution des Girondins était la conclusion logique de toute l'action de la Convention depuis juin. Les laisser en vie aurait été reconnaître qu'on s'était trompé. Du reste, il n'y avait pas d'avocat pour défendre les prévenus. Et Fouquier-Tinville avait retenu contre eux les chefs d'accusation les plus divers. Il leur reprochait d'avoir été les complices du duc d'Orléans, de la Fayette et de Dumouriez, ou bien d'avoir déclaré la guerre aux rois de toute l'Europe. Les deux hommes de la Commune, Hébert et Chaumette, jouaient le rôle d'accusateurs sous l'égide du président du Tribunal, Herman, un ami de Robespierre. Mais la procédure paraissait encore trop longue, et les débats menaçaient de s'éterniser. Fouquier-Tinville a demandé le vote d'un décret pour accélérer le jugement. Et avant-hier, la Convention a décrété que le jury pouvait d'ores et déjà rendre son verdict. Celui-ci est tombé hier: tous étaient condamnés à mort. Certains se sont mis à sangloter, d'autres au contraire sont restés impassibles, comme Vergniaud. Quant à Valazé, il n'a pu en supporter davantage: il s'est poignardé dans la salle d'audience