La terreur mise à l'ordre du jour

Paris le 5 septembre 1793

Les Parisiens ont envahi la salle des séances de la Convention, le maire Pache et le procureur de la Commune Chaumette à leur tête. "Plus de quartier!" hurlait ce dernier. Lors des manifestations d'hier, la foule réclamait déjà du pain et des sanctions contre les "affameurs". La Commune a assumé les responsabilités de ces revendications. Elle a exigé que les députés décrètent la création d'un tribunal pour les accapareur, la formation d'une armée révolutionnaire et le maximum des grains. Robespierre avait désapprouvé hier l'agitation populaire en attribuant les causes aux menées de "quelques intrigants" C'est lui toutefois qui présidait aujourd'hui la séance de l'Assemblée, et, pour ne pas être débordé par le mouvement, il a laissé une délégation jacobine se joindre à celle de la municipalité. Les réclamations des jacobins n'étaient pourtant pas en étroit rapport avec la crise des subsistances. Ceux-ci ont d'abord demandé la condamnation immédiate des détenus girondins, puis leur orateur s'est écrié : "il est temps que l'égalité promène la faux sur toutes les têtes. Eh bien, législateurs, placez la terreur à l'ordre du jour?" Une ovation a suivi cette intervention énergique. Le matin, les députés avaient déjà voté la division du Tribunal révolutionnaire en quatre sections qui siègeront en permanence pour juger plus vite les accusés. Après l'arrivée des manifestants, ils ont décidé le principe de la création d'une armée révolutionnaire, l'arrestation de tous les suspects et la réorganisation du Comité de salut public où deux Robespierriste, Billaud-Varenne et Collot d'Herbois, font leur entrée. Danton, sollicité, a refusé d'y participer de nouveau. C'est pourtant lui qui avait fait décréter la fin de la permanence des sections afin de soustraire l'Assemblée à la pression de la rue, et fait voter une indemnité pour tous les participants aux réunions sectionnaires, afin de mieux noyer la minorité des Enragés dans la masse et de laisser ainsi les coudées franches au pouvoir exécutif et aux Jacobins.