Marat poignardé dans sa baignoire

Paris 13 juillet 1793

Les voisins de tout le quartier ont accouru en entendant les cris de la compagne de Marat. Le commissaire de police est déjà là. Il observe avec stupéfaction la meurtière qui se tient impassible dans l'embrasure de la fenêtre. Les gardes nationaux la protègent de la foule qui veut la mettre en pièces. Le chirurgien n'a rien pu faire. Marat est mort presque sur le coup. Il était sept heures du soir quand cette jeune fille blonde et bien mise est entrée dans l'appartement du premier étage, 20 rue des Cordelièrs. Marat écrivait dans sa baignoire où une maladie inflammatoire l'obligeait à passer l'essentiel de ses journées. Il a reçu sans aucune méfiance cette jeune femme qui disait détenir les noms des conspirateurs girondins du Calvados. Soudain, elle a sorti un couteau de son sein et l'a plongé jusqu'au manche dans la poitrine de l'"Ami du peuple". Charlotte Corday avait quitté Caen, où elle vit près de sa tante, quatre jours auparavant. Elle est arrivée à Paris avant-hier avec une détermination froide : tuer celui qu'elle considère comme l'ennemi du genre humain. Elle avait d'abord pensé commettre son meurtre le 14 juillet, en plein Champs-de-Mars, afin de lui donner une dimension symbolique. Mais, la fête ayant été annulée, elle s'est résolue à se rendre chez lui. La voyant, on ne doute pas qu'elle a agi seule. Cette arrière-petit-nièce de Corneille a en effet tout de l'héroïne de Cinna.