Le procès du roi : place à la défense

Paris le 26 décembre 1792

A neuf heures ce matin, le roi a comparu pour la seconde fois devant ses juges. " Louis, la Convention a décrété que vous seriez entendu aujourd'hui", a aussitôt déclaré le président, Raymond-Romain de Sèze a pris alors la parole; il a décidé de plaider non coupable. Dans un profond silence, l'orateur a tenu son auditoire en haleine durant trois heures. Son argumentation purement juridique a été sans faille lorsqu'il a évoqué l'inviolabilité de la personne royale. Il a poussé son analyse jusqu'à ses dernières limites : non seulement le roi est dépouillé de l'inviolabilité que lui reconnaissait la Constitution de 1791, mais il ne jouit même pas des droits de simple citoyen français. "Je cherche parmi vous des juges et je n'y vois que des accusateurs; Louis sera donc le seul Français pour lequel il n'existera aucune loi ni aucune forme! Il n'aura ni les droits du citoyen ni les prérogatives du roi!"  S'est-t-il écrié d'une voix aux accents vibrants. Les députés ont été troublés. Aussi profitant de la compassion qu'il venait de susciter, de Sèze a abordé les faits imputés au souverain en évoquant d'abord ceux qui sont antérieurs à la Constitution avant d'en venir à ceux qui sont postérieurs et qu'il a déclarés couverts par l'inviolabilité. Il a justifié les moindres actes du roi, recourant parfois aux arguments les plus spécieux. "Citoyens, je n'achève pas, je m'arrête devant l'Histoire. Songer qu'elle jugera votre jugement et que le sien sera celui des siècles!" s'est-il enfin exclamé, Après ce long plaidoyer, de Sèze s'est assis, épuisé, tendis que Louis XVI réclamait pour son défenseur une chemise propre, la sienne étant trempée de sueur. "Il a bien travaillé", a-t-il dit. Sitôt après, le roi a demandé la parole. Il a assuré les députés qu'il avait bonne conscience. "Mon coeur est déchiré de trouver dans l'acte d'accusation l'impression d'avoir voulu faire répandre le sang du peuple et surtout que les malheurs du 10 Août me soient attribués, a-t-il affirmé. J'avoue que les preuves multipliées que j'avais données dans tous les temps de mon amour pour le peuple, et la manière don't je m'étais conduit, me paraissaient devoir prouver que je ne craignais pas de m'exposer pour épargner son sang et éloigner à jamais de moi pareille impression." Ni le plaidoyer de De Sèze ni la déclaration du roi n'ont paru convaincre les députés qui ont repris leurs discussions après le départ de l'ex-roi Beaucoup se sont offusqués qu'on ait fait l'apologie du coupable et que celui-ci ait osé s'absoudre de tous les crimes don't il est accusé.