Le procès du roi : l'acte d'accusation

Paris le 11 décembre 1792

Une foule de plus en plus dense se pressait cet après-midi dans les tribunes réservées au public dans la salle du Manège? Il régnait un silence oppressant lorsque l'accusé entra, conduit par Santerre. On dévisageait avidement celui qui fut roi de France pendant près de dix-huit ans et qui n'est plus que Louis Capet, inculpé 'd'avoir commis une multitude de crimes pour établir sa tyrannie, en détruisant la liberté du peuple français". Avec sa corpulente silhouette enveloppée dans une simple redingote de drap noisette ouverte sur un gilet blanc, son visage au teint plombé couvert d'une barbe de plusieurs jours parce qu'on lui a interdit l'usage du rasoir, et ses yeux de myope qui se plissent pour tenter de mieux voir, il a l'apparence d'un bourgeois malade qu'on vient de tirer du lit. Impassible, il écoute l'acte d'accusation qui n'est autre que le rapport rédigé par le député Lindet au nom de la commission chargée d'instruire le procés. Le texte reprend un historique précis des agissements du souverain depuis le mois de juin 1789, en le désignant comme coupable d'avoir organisé la contre-révolution depuis cette époque: les violences du 23 juin à Versailles; l'ordre donné aux troupes de marcher sur Paris, en juillet; l'arrivée du régiment de Flandre et "l'orgie" du 3 octobre où des officiers ont foulé la cocarde tricolor; la violation du serment de la Fédération; les tentatives de corruption des députés; la connivence avec Bouillé lors de l'affaire des Suisses de Châteauvieux; la conspiration des "chevaliers du poignard"; sa fuite à Varennes le 20 juin 1791 et la déclaration où il reconnaissait lui-même avoir joué double jeu, depuis le début de la Révolution; le massacre du champ-de-Mars; les sommes versées aux émigrés; le soutien apporté au camp de Jalès; qa concertation avec ses frères; la protection apportée aux prêtres réfractaires; la trahison de longwy et celle de Verdun; enfin les crimes du 10 Août. Sans départir un instant de son calme, le souverain déchu a résolu de se comporter non en roi mais en accusé, entrant ainsi dans le jeu de ses adversaires, faute politique majeure. Louis Capet a néanmoins fait face aux questions embarrassantes en arguant de son droit de souverain absolu ou en se retranchant derrière les pouvoirs que lui conférait la Constrution, suivant la date des chefs d'inculpation prononcés contre lui. Enfin, lorsqu'on lui a demandé s'il avait fait construire la fameuse armoire de fer, il a indiqué, à la stupeur générale, qu'il n'en avait jamais eu connaissance. Avant de se retirer comme l'en priait le président, Louis a simplement réclamé un avocat.