Jours de liesse pour la levée de l'octroi

Paris le 1 mai 1791

"A boire! Du vin! Encore! Et du bon! On danse et l'on rit dans les rues, la barrière des fermiers généraux n'existe plus, sautons par-dessus! Désormais, chacun pourra faire entrer et sortir de la ville tous les fûts qu'il voudra, sans payer l'ombre d'une taxe. Pour fêter l'événement, des femmes sont montées sur des ânes avec des bonbonnes et des hommes ont porté de petits tonneaux sur leur dos. Le député d'Argenteuil, l'élu des vignerons, Etienne Chevalier, a enfin obtenu gain de cause auprès de l'Assemblée. Il ne cessait de dénoncer le scandale de ces barrières qui obligeraient les Parisiens à acheter des vins frelatés dans les échoppes de marchands fraudeurs et qui donnaient des aigreurs d'estomac et des maux de tête. Or le vin, avec le pain, est resté la principale subsistance des pauvres. Les 600 chasseurs nationaux embauchés pour empêcher la fraude étaient inefficases depuis deux ans : de l'hôpital Saint-Louis au quai de la Râpée, le vin s"écoulait sous le manteau et l'on a même découvert à Saint-Lazare un cabaretier qui avait installé sous le mur un tuyau de 400 toises en taffetas gommé pour se faire livrer à domicile. La nouvelle loi va l'absoudre, au grand dam de ceux qui voient dans cette mesure une incitation à l'ivrognerie.