La fin du règne des fermiers généraux

Paris le 20 mars 1791

La Ferme générale est enfin abolie par un vote de l'Assemblée. C'en est ainsi fini d'une des institutions les plus honnies de l'Ancien Régime. Cette compagnie privée qui, contre le versement d'une somme forfaitaire, recevait pour six ans le droit de lever des impôts, était en effet considérée comme responsible des difficultés du Trésor. Les cahiers de doléances avaient violemment dénoncé cette "robinocratie publicaine" formée des vingt familles qui se partageraient les quarante postes de fermiers généraux et enrichies par la gabelle, les octrois et les droits indirects. On accusait ces hommes de ruiner le peuple sans enrichir le roi. On avait imaginé qu'il suffirait d'éliminer ces intermédiaires pour régler la question des finances. Aussi le don patriotique de 22,5 millions de livres fait au début de la Révolution par cette compagnie avait excité la haine du peuple, persuadé que cette somme lui avait été volée. Cela renforça la méfiance populaire contre cette institution haïe, mais enviée par ceux qui, disposant de quelques revenus, lui prêtaient leur argent. Pour liquider cette puissance financière et vérifier ses comptes, les députés ont décidé de nommer une commission. Mais puisque personne mieux que les fermiers eux-mêmes ne connait les rouages de la Ferme générale, six d'entre eux ont été désignés pour cette tâche!