Portrait de Georges Cadoudal jeune.

 

Le 25 juin 1804, trois charrettes se dirigent vers la place de Grève, à Paris. Dans ces chariots, se trouvent douze hommes. Ils sont tous condamnés à mort.

Parmi les futurs suppliciés, se trouve le grand chef chouan breton Georges Cadoudal. Il exprimera au bourreau son désir de passer le premier sous le couperet de la guillotine, pour ôter ainsi à ses amis d’infortune l’idée qu’il pourrait leur survivre.

Son souhait fut réalisé.

Cet homme au caractère et à la bravoure exceptionnels était né au manoir de Kerléano, près d’Auray, dans le département du Morbihan, naissance datée du 1er janvier 1771. Son nom signifie, en breton, " guerrier retournant au combat ". C’est une étrange prédestination nominale pour celui qui deviendra un tacticien des guerres d’embuscades.

Au tout début de la révolution française de 1789, Georges était assez favorable aux idées nouvelles. Mais, suite aux débordements dont leurs adeptes firent preuve, il décida de se joindre aux révoltés qui s’organisaient dans tout le département. La décision ne fut sans doute pas facile à prendre. Georges avait une famille au manoir de Kerléano et savait que celle-ci supporterait nécessairement les contrecoups de ses actes. L’avenir lui donnera raison. Le noyau familial était composé de son père, Louis Cadoudal, un Hercule féru de sports et bien formé à la " soule " (1). C’était un laboureur. Puis venaient la mère, Marie-Jeanne le Bayon, adorée de Georges ; denis, le frère aîné de Louis, l’oncle de la famille, qui, mis à part ses activités religieuses dans le tiers ordre de saint François, aidait son frère à gérer leur grande exploitation agricoles. Sur dix enfants qu’eurent ses parents, cinq seulement atteignirent l’âge adulte. Georges était aîné. Le pays morbihannais qui vit sa naissance est une terre de forêts profondes, de plateaux déserts et de landes interminables. Non loin, se trouve pourtant la mer calme ou tumultueuse, dont les embruns parfument les abords des pierres mystérieuses élevées par des ancêtres inconnus. C’est une terre de contraste, propre à forger des hommes d’exception. La République l’apprendra à ses dépens, elle qui voulut mettre les chouans bretons à genoux.

Une répression terrible s’abattit sur le pays après les premières émeutes de 1793. Des hommes furent sabrés par les gendarmes au bourg de Locminé ; d’autres furent fusillés à bout portant. On utilisa aussi le canon, plus expéditif.

La guillotine succéda à ces violences et trancha allègrement les têtes rebelles qui restaient.

C’est dans ce contexte terrible que commença à se faire connaître Georges Cadoudal, après sa participation à diverses escarmouches contre les soldats bleus (républicains) et les gardes nationaux. Il finit comme l’un des chefs des insurgés et prit divers contacts avec d’autres chefs royalistes.

Suite à ces événements, il fut reconnu et fait prisonnier à Auray. Libéré quelques temps après, il put rentrer chez lui sous la promesse de se tenir tranquille. Mais, c’était aller là contre tous les principes et le caractère de Georges. Il décide, avec cinq de ses camarades de l’école d’Auray (il est encore jeune), de rejoindre les rangs de la Grande Armée catholique et Royale partie de vendée vers la Sarthe à la suite de la défaite de Cholet (octobre 1793). Cette armée, dirigée par des chefs héroïques, s’est engagée, après le passage de la Loire, vers le nord, dans une épopée que l’on nommera " la virée de galerne " (2). Georges Cadoudal fut promu capitaine de sa troupe par le chef vendéen Stofflet. Il combattit vaillament et se fit remarquer en chargeant au sabre à la tête de sa petite équipe de cavaliers, bravant le feu de la mitraille crachée par les canons républicains.

L’équipée de la Grande Armée se termina hélas à Savenay (23 décembre 1793), près de la Loire, par le massacre d’une grande partie des insurgés. Le général Westermann, qui dirigeait les troupes républicaines et avait ordonné les massacres, sera guillotiné quatre mois plus tard avec les dantonistes.

à l’issue du combat, georges et ses 300 bretons réussirent à passer au travers des mailles du filet et purent rentrer chez eux.

Cadoudal a trouvé un nouvel ami dans l’armée insurgée. Il s’agissait de Pierre Mercier, dit " La Vendée ", un jeune homme aussi courageux et intrépide que lui, partageant le même idéal. Leur amitié ne faiblira jamais et ne sera brisée que par la mort de Pierre. Il sera tué par les bleus au cours d’une embuscade, en un lieu-dit la Fontaine-aux-Anges (voir plus loin). La chouannerie naissante avait besoin de chefs et les révoltés en trouvèrent rapidement, mais ceux-ci agissaient souvent isolément, sans s’occuper des autres groupes et sans plan d’ensemble, ce qui ne pouvait que nuire à l’insurrection.

25 juin 1804 : l'execution, à Paris, près de l'Hôtel de Ville, de Georges Cadoudal et de ses conjurés. Le chef demandera à monter le premier sur l'échafaud, emportant dans sa tombe le secret de ses chaches d'or et d'armes.

Deux portraits de Cadoudal pris sur le vif pendant son procès. Intelligent à l'extrème, cet homme avait un physique de taureau.

Le souterrain de Georges Cadoudal et l’île au coffre-fort

En quittant le village de La Forest et en se dirigeant vers la pointe de l’île, on rejoint en passage dit " le chemin de Cadoudal ". Il s’agit d’un chemin creux typique du pays, avec ses hauts talus de terre et de pierres haussés d’arbres centenaires et bordé de vieux châtaigniers. L’un d’entre les deux talus cache un mystérieux souterrain surnommé dans le pays " la cache de cadoudal ". Ce tunnel est voûté et une dizaine de personnes pouvaient s’y cacher pour échapper à d’éventuels ennemis. Certaines de ces caches étaient fréquentées auparavant par des contrebandiers.

Il est très probable que cette grande île, située en un endroit de la rivière Etel très facile à surveiller et à défendre par seulement quelques hommes, ait été l’un des coffres-forts du mouvement chouan. Georges s’y cachait fréquemment et des fonds importants ont pu transiter par ce site où séjournait et ou repose encore le " trésorier " de la bande, tué sans doute dans une escarmouche.

Bien d’autres lieux servirent également de caches aux insurgés bretons. Le château de Kerguehennec, en pays de Bignan, par exemple dont le parc vallonné a entendu les conciliabules des chefs chouans et abrité sous ses frondaisons les manoeuvres des royalistes. C’était un site idéal pour cacher armes et munitions, comme de nombreuses autres choses utiles à soustraire aux yeux de l’ennemi. Signalons qu’un hôpital de fortune avait été installé dans ce parc.

Autre lieu susceptible de receler bien des choses cachées à l’époque : les alentours du manoir de Georges Cadoudal, à Kerléano, près d’Auray. C’est dans ce lieu qu’il récupéra 450 louis d’or, un trésor familial que son oncle et son père avaient patiemment accumulé et caché dans le domaine. L’oncle Denis avait avoué ce secret à Georges, alors qu’il était agonisant au château de Brest, lieu où toute la famille de Georges avait, en représailles, été emprisonnée. La mère du chouan, qui était enceinte au moment de sa détention, y mit au monde un enfant, et elle y décéda en novembre 1794. Le nouveau né ne lui survécut guère longtemps. Un moment, georges, momentanément prisonnier, rejoint sa famille, mais parvint à s’évader. C’est pendant ce séjour au château de Brest qu’il fut initié par son oncle à l’existence et au secret du trésor familial (5).

Parmi les autres caches à trésors possibles, on peut citer le château de Mellionec-en-Trégarantec, où fut effectué le partage des armes et des munitions volées aux républicains pendant l’attaque, par les chouans, de la poudrerie du Pont-de-Buis (Finistère). L’opération avait été menée par 500 hommes. Il y a également le château de Kerdreho, dont les bois cachaient une fabrique de balles, ainsi qu’un hôpital chouan. Les chefs s’y réunissaient parfois. À Béganne, le château de Trégoët était le quartier général du chouan Louis Sol de Grisolles, " spécialiste " de la région de Redon.

À Bignan, les villages de Kerninen, du Granie, de Toulgouët, de Kerouserh et du Roc étaient

On trouvera aussi des souterrains dits " de chouans " dans les bois de Saint-Bily, au sud de la forêt d’Elven. Les entrées à ces galeries étaient recouvertes d’amas de fougères et de branchages. Il s’y cachait des armes et diverses fournitures.

Les bois de Florange et de Camors fourmillaient également de chouans et leurs camps ne seraient sans doute pas inintéressants à retrouver.


" Lieutenant-Général des armées catholiques et royales de Bretagne, Grand Croix de l'Ordre Royal et Militaire de Saint Louis
" Né le 1er janvier 1771 - Brec'h Kerléano
" Exécuté le 25 juin 1804 - Paris place de Grève
" Inhumé - Kerléano
" À l'âge de 33 ans
Parents
" Louis Le Cadudal 1735-1811
" Marie Jeanne Le Bayon 1750-1794
Mariages et enfants
o Fiancé en 1793 avec Lucrèce Mercier
Notes
" Bibliographie : "Procès contre Georges, Pichegru et Autres" recueilli par des sténographes,Archives historiques du ministère de la Guerre,"Georges Cadoudal et la chouannerie" par Georges de Cadoudal,"La conspiration de Cadoudal" par René Duc de Castries,"Georges Cadoudal ou la liberté","La Vendée en armes" par Jean-François Chiappe,"Histoire de la Vendée Militaire" par Jacques Crétineau-Joly,"Histoire religieuse de la Révolution Française" par Pierre de la Gorce,"Georges Cadoudal et les Chouans" par Patrick Huchet,"Cadoudal et les Chouans" par le Cdt Henry Lachouque & Jacques Arna,"Cadoudal" par Jean Vicomte de la Varende,"Georges Cadoudal" par Georges Lenotre,"La chouannerie sur les pas de Cadoudal" par Jean Rieux,"Historique et mémoires de Quiberon" par J. Rouget de l'Isle,"de Cadoudal à Frotté" par Philippe Roussel,"Quiberon" par le Comte de Vauban

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