André Georges BRUMAULD de BEAUREGARD



Élevé à Poitiers, il fut nommé en 1762 chanoine de l’église de Luçon. Il fit ses études à Saint-Sulpice, où il acquit l’estime de ses confrères et de ses maîtres. Sa santé ne lui permit pas de réaliser son projet d’entrer dans la compagnie de Saint-Sulpice.

Nommé théologal du chapitre, vicaire général et chancelier, André de BEAUREGARD se livra avec le plus grand zèle à toutes les fonctions de son ministère ; il s’attacha tout particulièrement à la création d’un établissement d’enseignement pour les jeunes filles pauvres.

Il accompagna son évêque, Isidore de Mercy, à l’assemblée du clergé de Poitiers. Puis, pendant son absence, il assuma l’administration du diocèse. Dénoncé en avril 1791, comme faisant campagne contre le serment à la constitution civile du clergé, il comparut devant le tribunal de Fontenay. Mais avisé de l’arrivée des commissaires nationaux GALLOIS et GENSONÉ, il partit pour Paris où il rejoignit son évêque.

Il échappa aux massacres d’octobre, et revint à Poitiers, et à Moulinet, où il retrouva son frère Jean. Dénoncé comme lui, il fut condamné à la déportation, et emprisonné à la Visitation. Sa mère obtint, en raison de son mauvais état de santé, qu’il ne partît pas tout de suite pour l’exil.

Il se trouva ainsi au nombre des détenus des prisons de Poitiers, qui furent dirigés sur Paris, pour y comparaître devant le tribunal révolutionnaire, en mars 1794.

Il comparut devant le Tribunal Révolutionnaire le 27 juillet 1794, 9 thermidor II (1), avec GUYOT de RIJIOUX, chanoine de Saint-Hilaire et BERNARD, curé de Berthegon. Il fut condamné à mort, la sentence fut sans appel, il fut exécuté le jour même. Il s’y préparait la veille, en écrivant une longue lettre à sa mère : Je suis à la veille de comparaître à ce redoutable tribunal où je suis traduit sans savoir pourquoi. Ma conscience ne me fait aucun reproche ; je ne suis pas pour cela justifié. Le sort qui m’est destiné va, selon toute apparence, mettre fin pour moi aux épreuves de cette malheureuse vie… Je crois tout ce que croit et m’enseigne l’Eglise sainte, catholique, apostolique et romaine… Je veux mourir comme j’ai vécu dans un fidèle attachement à sa doctrine… J’accepte en esprit de pénitence pour l’expiation de mes péchés, le sacrifice de ma vie… C’est pour vous, la plus chérie des mères, et pour tout ce que vous aimez, c’est pour l’intérêt de la religion, pour notre malheureuse patrie, pour la persévérance des justes, pour la conversion des pécheurs, c’est pour ceux aussi qui furent la cause ou l’occasion de mes peines, c’est pour mes péchés qu’ils par la foi à Jésus souffrant et mourant pour moi, plein de confiance en ses mérites, à sa parole, ses divines promesses, je fais à Dieu le sacrifice de ma vie, je remets mon âme entre ses mains.

Il monta dans la "dernière charrette", qui fut un instant arrêté au faubourg Saint-Antoine, puis reprit sa marche, et il fut exécuté, au moment où la Terreur prenait fin.



(1) L’acte d’accusation (Archives Nationales W/434/974) dressé par FOUQUIER-TINVILLE était ainsi conçu : BRUMAULT dit BEAUREGARD, ex grand-vicaire de l’ex évêque de Luçon, ex chanoine théologal, a été l’un des conspirateurs les plus audacieux et les plus fanatiques. Prêtre réfractaire, ayant même refusé de prêter le serment de liberté et d’égalité, ses lettres et celles qui lui ont été adressées, prouvent qu’il ne s’est occupé qu’à répandre et à propager son système liberticide de résistance et de rébellion à la loi, il est constant que c’est lui qui a été le principal agent dans le département de la Vienne des ouvrages incendiaires et fanatiques fabriqués par les ci-devant évêques et autres contre-révolutionnaires et destinés, en égarant les citoyens, à allumer le feu de la guerre civile dans ce département et aux environnants. Arrêté et traduit au comité de sûreté général de la Convention et condamné à la déportation, il s’est soustrait à l’exécution de ce jugement et n’a fait usage de sa liberté que pour se rendre dans les départements de la Vendée et des Deux-Sèvres pour y fomenter la guerre civile qui a éclaté. Les réponses de ce conspirateur ne font qu’ajouter à la nécessité de faire subir à ce scélérat la peine de ses forfaits.

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