BRAGELOGNE

 

Trente-deux victimes sont immolées, parmi elles se trouvent la marquise de Montbrun et sa soeur Marie Nicolas de Bragelogne; leur mort entraîne la disparition d'un centre de prières qui avait pu subsister jusqu'à la mi-germial, en plein cœur de Paris, 5 rue Sainte-Avoye (aujourd'hui rue du Temple).

 Dans le courant de décembre 1792, s'étaient installées dans l'hôtel qu'habitait à cette adresse la veuve du Marquis de Montbrun, cinq femme inconnues, vêtues de noir et, que, depuis, on n'avait guère vu sortir du logis... Chassées de leur couvent d'Argenteuil, ces femmes était des Ursulines désireuses de continuer à mener un semblant de vie conventionelle. Mme de Bragelogne était l'ancienne supérieure, trois autres étaient des professes. Mmes Sion, Le Febvre et Pothron; la cinquième était une tourière, Mme Bagot

Quelle avait été leur existence au cours des mois suivant? Toute de piété certainement. Les procès-verbaux, dressés lors des arrestations, le montrent clairement,, signalant, trouvés dans les armoires de la maison, des linges et ornements d'églises, des Imitation de Jésus-Christ, un " petit bonne Vierge en cuivre avec son enfant ", plusieurs reliquaires, dont "une petite boite de bois blanc couverte de papier rouge fleurdelisé contenant onze os pourris".

Une dénonciation, sans doute, avait mis en branle la police: le 1er germinal (10 avril), sur l'ordre du Comité révolutionnaire de la Section de l'Homme-armé, une visite domiciliaire a eu lieu et, outre les objets du culte, déja terriblement accusateurs, on a découvert, cachée sous du bois, une énorme quantité d'argenterie armoirée provenant des Montbrun et des Bragelogne. Chose plus grave encore, ces dames, voyant la disette menacer, s'étaient efforcées d'assurer leur subsistance, et on a saisi, dans les resserres,  quantité de denrées précieuses: 46 livres de beurre fondu, 90 livre de beurre salé, une douzaine de petits fromages de campagne, plus de 300 œufs, des pommes de terre, du riz, du café, jusqu'à 100 pintes de vignaigre rouge- tout ce qu'il fallait, en un mot, pour étayer une lourde charge d'accaparement.

On se doute de la joie qu'ont épouvée les patriotes en pénétrant dans ce "repaire de fanatisme, d'aristocrates et de contre-révolutionnaire..." Seules, cependant, ont été poursuivies les deux sœurs Bragelogne: après une quizaine de jour d'incarcération aux Carmes, elle ont été traduites au Tribunal révolutionnaire où leur sort, d'avance, était écrit.

© La vie religieuse sous la Terreur pages 239

accueil