BOURDEAUX Gilbert

 

Curé de Vaugirardn nommé à ce poste par Gobel le 26 décembre 1791

Pendant quelques mois le nouveau pasteur ne semblait pas avoir eu trop de difficultés avec ses ouailles, menu peuple campagnard qui, vivait aux portes de la grande ville, en partageait enthousiasmes et colère.Peu à peu cependant, au fur et à mesure que s'opérait la déchristanisation, les jureurs, qui avaient chassé de leurs églises les insermentés, étaient menacés d'en être à leur tour expulsés.

M. Bourdeaux homme violent et entier, ne pouvait supporter sans révolte les atteintes successives ainsi portées à son autorité. Il ne cachait pas sa manière de voir et l'exprimait vertement comme il le fit par exemple le 13 décembre 1792

Ce jour-là, un grand baptême était célébré à sa paroisse, celui du bébé d'un sans-culotte notoire. Le curé s'apprêté le futur citoyen à la Municipalité. Cette formalité, purement légale, avait le don d'exaspérer M. Bourdeaux; rendu déjà, de ce fait, de fort méchante humeur, il entra dans une violente colère quand on lui fit connaître le nom choisi pour le petit garçon

_ On l'appellera Nice, déclara le père, Nice, à cause de la conquête de cette ville qu'on vient de faire....

_ C'est une infamie, riposta le prêtre, de donner un nom comme cela.... Il n'y a que des impies pour agir de la sorte. Je ne connais pas de saint Nice dans le paradis...

Bon gré mal gré, il dut cependant s'incliner, mais, après la cérémonie, exigea la rédaction d'un acte de baptême, disant:

_ Je me refuse à connaître celui des municipalités... Du reste c'est affreux de mener les prêtres assermentés de la manière dont on nous mène !... Il a fallu des scélérats comme Robespierre et Marat pour faire tomber la religion... Nous avons montré jusqu'ici un grand patriotisme, mais nous sommes encore 4.000 prêtres en état de porter les armes, et si on nous troumente trop fort...

Il n'acheva pas la phrase menaçante, mais il en avait assez dit pour que toutes ses paroles aient été soignement notées par les jacobins qui venaient de les entendre et qui sauraient, quelques mois plus tard, s'en souvenir.

Un autre incident allait encore aggraver la situation.

La Fête-Dieu de 1793 était arrivée... La municipalité avait défendu de célébrer solennellement, comme les années précédentes, la procession traditionnelle. Le curé passa outre à cette interdiction et, le 2 juin, sortit le Saint Sacrement dans les rues du Bourg, escorté d'une soixantaine d'hommes en armes.

Du coup les édiles se fâchèrent; l'un d'eux, au cours d'une dispute, le 16 juillet, fut même frappé par le curé - et il portait à ce moment l'écharpe tricolore, insigne de sa fonction. A la suite de cela, signification fut faite que l'église serait désormais fermée et qu'il était interdit d'y continuer le culte. En dépit de cette défense, M. Bourdeaux persista à officier, à sonner les cloches pour les décès, à exiger et à recevoir de l'argent pour les sacrements et les funérailles.

Sur ces entrefaites étaient venus les jours sombres du culte de la Raison... Le premier de tous - et ici échappent les raisons qui firent faillir ce prêtre, resté jusqu'alors, malgré son serment, ministre zélé de sa religion - M. Bourdeux se présenta, le 17 brumaire (7 novembre), devant le Comité général de la Commune de Paris, que présidait Momoro, et renonça à son sacerdoce, déclarant solennellement:

_ Je ne peux résister davantage à l'impulsion de ma conscience et de ma raison, qui se révoltent contre les vils préjugés dont je  renonce pour jamais à un métier qui n'a que la fraude et la tromperie pour principe et pour objet...

 De l'hôtel de ville, il courut à la Convention porter ses lettres de prêtrise, clamant à voix haute, salué par les applaudissements de la canaille "qu'il sacrifiait sur l'autel de la Patrie ces hochets du fanatisme et de l'imbécillité" ...

Cette faute ne devait pas sauver l'apostat. Trop de haines étaient soulevées contre lui et acharnées à sa perte.

Le 8 prairial enfin (27 mai 1794), les patriotes Luzeau, Bagnéris et Consorts, qu'il avait scandalisés par ses propos en 1792n l'ont dénoncé à la municipalité de Vaugirard.

Arrêté aussitôt, M. Bourdeaux sera jugé le 27 prairial (15 juin), condamné à mort et exécuté aussitôt... Il avait trente-deux ans.

© La vie religieuse sous la Terreur pages 257 258

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